bois

boursouflures de suif
ta main contre la peau tendue, le pied
de l’arbre a volé en éclats

les seaux vomissent leurs ventres noirs et
sur le visage des hommes en lame de canif, seuls
la bouche, les chicots, l’haleine
terrible
ont quelque chose de vivant –

le rose de tes paumes, leurs heures :
goudron jusque
dans les plis de l’âme

*

zalew

ton seau, un filet
de taille moyenne
la petite hache pour la glace
et puis le silence, là, parmi les arbres

la joue plissée du lac

*

pablo

ses yeux tranquilles

le jardin lui appartient comme
la lumière, le vol des merles ou le souffle
qui se glisse entre les branches bleues

dans son regard, la sagesse
du très simple, la langue des matins
quand elle vient et ouvre le jour

dire la ligne des cornes, l’attention
tout entière tournée vers quelque chose
que je ne verrai pas

pablo songe : entre ses dents
une dernière capucine de joie

Urszula Grabowska, détail du tableau Pablo zjada nasturcje (« Pablo croque les capucines »)

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

20 + 3 =

Née en 1974 dans une famille franco-polonaise, Natacha Ruedin-Royon est établie en Suisse orientale depuis 2007. Elle traduit de la poésie (de l’allemand au français) et en écrit parfois. Quelques textes ont été accueillis par des revues papier (Orte, La Cinquième Saison) ainsi que par L’Épître, terre à ciel et D’ailleurs poésie. D’autres ont été exposés ou lus à voix haute. Le recueil weihergespräche, consacré à Wiborada (ⴕ 926), recluse saint-galloise, est paru en 2021. Parmi les traductions littéraires (de l’allemand) : des poèmes de Manfred Peter Hein (alidades, 2017), Nadja Küchenmeister (Cheyne, 2018) et Werner Lutz (collection Po&psy, érès, à paraître au printemps 2026).