Dans ce recueil, Samantha Barendson nous invite à entrer dans sa tête, dans sa « pensée toile d’araignée ». Son point de départ ? « J’ai usé ma mémoire pour la poétiser. » Que reste-t-il alors à une autrice, quand elle s’imagine avoir employé déjà tous ses souvenirs pour déclencher son écriture ? Devant la page blanche, elle s’interroge, écoute « le diable et l’ange [qu’elle] voit sur [ses] épaules ». Et voilà que, de cette introspection, surgissent les mots. La poétesse balaie les souvenirs pour se concentrer sur sa psyché, au point de faire des aveux : « Je n’arrive pas à écouter les enfants » ; « Dans les soirées / je ne sais pas quoi faire / dans le ballet / des courts échanges ». Elle se confie aux pages du livre, elle lève le voile pour son lecteur ou pour sa lectrice, qu’elle s’enhardit à tutoyer : après tout, tant qu’à partager son intimité mentale…
Tiens, voilà qu’on se sent moins seul dans son étrangeté. « Mes oreilles préfèrent écouter / ce qui se passe à la table d’à côté / plutôt qu’à la mienne » : qui n’a jamais lorgné vers le couple qui se chamaille quelques pas plus loin alors que, en face, se tiennent de doctes propos ? « J’aimerais des rondeurs anéchoïques / pour me débrancher du secteur, / supprimer le larsen / et les grésillements » : c’est tout un rêve de silence qui se déploie sur la page, dans des textes à la verve pudique qui confirment notre commune humanité. Eh oui, « Il semblerait que je sois normale, / (névroses, phobies et obsessions / mises à part) ». Mais normalité n’est pas banalité, et elle en a, au fond, des choses à dire, notre poétesse, ne serait-ce que parce que celles-ci sont souvent tues. En témoigne ce poème quasi final en forme d’inventaire de « Je n’aime pas » — l’amour des listes est d’ailleurs récurrent dans le livre —, où l’on se retrouvera forcément plus d’une fois, entre « métro bondé » et « films de Noël en plein mois de juillet », entre « gens qui ne respectent pas ma bulle d’intimité » et « étendues de vert sans aucun intérêt ». La sincérité paie : la page blanche a été vaincue.
Samantha Barendson, Plus rien à dire, éditions Le Chat polaire, ISBN 978-2-931028-46-9

Deux poèmes
Florent Toniello, né en 1972 à Lyon, est le responsable de ce site, membre du comité de D’Ailleurs poésie. Il commence une première vie dans l’informatique au sein d’une société transnationale, à Bruxelles et ailleurs. En 2012, il s’installe dans la capitale grand-ducale ; sa deuxième vie l’y fait correcteur, journaliste culturel et poète. S’ensuivent dix recueils de poésie publiés au Luxembourg, en Belgique et en France, une pièce de théâtre jouée au Théâtre ouvert Luxembourg, ainsi qu’un roman et un recueil de nouvelles de science-fiction. Pour l’instant, il n’est pas question d’une troisième vie. Son blog : accrocstich.es.





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