« Heureux l’enfant qui voit / Danser les peupliers / Et comprend sans tricher / Le chuchotis des haies » : c’est dans une enfance entourée d’arbres que Philippe Colmant trouve pour ce recueil « Un prétexte au poème ». « La largesse des arbres » lui inspire bien sûr des souvenirs — cet enfant plusieurs fois convoqué dans des vers en italique, on sent bien que c’est lui, que le poète chérissait aussi cet arbre « tors et laid ». Mais le livre offre également quantité de considérations d’une actualité brûlante sur la cohabitation par moments difficile entre arbres et humains. Quoique la nature ne fasse pas de cadeau non plus : « Grandir près du ruisseau / Pour ne jamais manquer / D’eau vive et de musique. // Telle était l’ambition / Du jeune arbre emporté / Par la première crue. » Il est vrai, pourtant, que c’est plutôt le « chemin bordé / De barbelés usés » qui dicte sa loi, c’est plutôt Homo sapiens qui, dans « La forêt [qui] forme crypte », fait que « La mort est orchestrale ».
Comme souvent chez l’auteur, les hexamètres dominent, installent un rythme qui porte des poèmes courts et propices à la réflexion. « Nous marchons sans envie / Dans des futaies de verre / De villes anonymes / Croisant et décroisant / Nos doubles et nos triples » : ce mélange de narration, de sentiments jamais voilés de fausse pudeur, de raisonnement confère à l’ensemble une atmosphère à la fois écopoétique et militante. Tout en douceur cependant, l’enthousiasme de l’enfance pour les « arbres centenaires », « rossignols de la mémoire » laissant parfois place à une impression douce-amère devant le monde d’aujourd’hui. Mais l’émerveillement n’est jamais loin, puisque les « arbres-tours », même maltraités, même abîmés, offrent d’étonnantes perspectives : « La lumière s’y glisse / Comme une main d’enfant / Porteuse de douceur / Et de promesses bleues. »
Sous les fibres de papier du livre, on devine encore plus l’arbre, tant le contenu nous nourrit de compassion pour ces grands végétaux qui nous accompagnent en silence. Philippe Colmant, concis, précis, à l’écoute de la sève et des branches dans de subtiles aquarelles également, nous rappelle leur importance tant pour notre survie que pour celle de notre part d’enfance, celle des souvenirs qui forgent notre personnalité. « Dans le parc merveilleux / Marcher vers l’immobile, / Lever les bras au ciel / Pour devenir un arbre / Entre le séquoia / Et le roi sycomore. »
Philippe Colmant, Arbrissime, éditions Le Coudrier, ISBN 978-2-39052-083-2
Trois poèmes
Florent Toniello, né en 1972 à Lyon, est le responsable de ce site, membre du comité de D’Ailleurs poésie. Il commence une première vie dans l’informatique au sein d’une société transnationale, à Bruxelles et ailleurs. En 2012, il s’installe dans la capitale grand-ducale ; sa deuxième vie l’y fait correcteur, journaliste culturel et poète. S’ensuivent dix recueils de poésie publiés au Luxembourg, en Belgique et en France, une pièce de théâtre jouée au Théâtre ouvert Luxembourg, ainsi qu’un roman et un recueil de nouvelles de science-fiction. Pour l’instant, il n’est pas question d’une troisième vie. Son site personnel : accrocstich.es.





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