« j’ai mal au cœur / d’avoir / quelquefois / si mal aimé / les embellies » : poésie sincère dans ses aveux, ce court recueil de Martine Rouhart guette « dans un mouvement du ciel » les parcelles de joie, les « petites espérances » que procure la contemplation des règnes végétal, animal ou minéral qui nous entourent. Au-dehors, hors de la page, se trouve un jardin où « partout ça chuchote / se frôle / se noue se dénoue / corps tièdes / feuilles plumes ». Alors, surtout « quand le vent souffle du bon côté », la poétesse capture des instantanés à la candeur garante de profondeur, de ténues chorégraphies — la danse fait acte de présence dans les titres de plusieurs parties — qui colorent de sourires l’intérieur d’une bulle protégée du fracas : « j’ai envie de vous dire / l’espoir est là ». Les textes et les vers sont courts, on s’attache à la simplicité des mots, on célèbre avec l’autrice les petits riens, « des nids se creusent / dans nos têtes ».
Il faut une maîtrise certaine pour fêter ainsi la nature en poèmes, sans verser dans l’excès ou la mièvrerie. D’abord, savoir faire preuve de concision et de précision, pour ne point lasser ; ensuite, donner une voix à ces « milliers de tonalités / d’existence », afin de varier les plaisirs des images. L’accompagnement pictural d’Isabelle Simon s’insère dans ce délicat équilibre, et Martine Rouhart relève le défi avec confiance et franchise, sûre de sa poésie et de son impact : « rien / de ce qui nous touche / n’est insignifiant / aucun chant / n’est jamais / perdu ». Ses expressions se déploient comme des remèdes, nous enfoncent dans une contemplation quasi méditative. « et le monde est supportable »… le temps d’un recueil, au moins.
Martine Rouhart, Guetter les embellies, éditions Le Coudrier, ISBN 978-2-39052-065-8

Extraits
Florent Toniello, né en 1972 à Lyon, est le responsable de ce site, membre du comité de D’Ailleurs poésie. Il commence une première vie dans l’informatique au sein d’une société transnationale, à Bruxelles et ailleurs. En 2012, il s’installe dans la capitale grand-ducale ; sa deuxième vie l’y fait correcteur, journaliste culturel et poète. S’ensuivent dix recueils de poésie publiés au Luxembourg, en Belgique et en France, une pièce de théâtre jouée au Théâtre ouvert Luxembourg, ainsi qu’un roman et un recueil de nouvelles de science-fiction. Pour l’instant, il n’est pas question d’une troisième vie. Son blog : accrocstich.es.





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