lever les yeux
au ciel
et rendre
grâce
comme le fils
unique
dans la bible
impossible
aujourd’hui
à gaza
en ukraine
et
ailleurs
*
cerné de partout mâchefer
grisaille poussière béton
goudron pierraille
ferraille gravats
dans l’unique faille
perce
le jaune
vivant
vincent
d’une
dent-de-lion
enfant on faisait un vœu
en soufflant sur ses étoiles
avec le temps
on apprend
à la trace des larmes
*
Löwenzahn, so grün ist die Ukraine.
Meine blonde Mutter kam nicht heim1.
paul celan, espenbaum, 1945
plaine jadis fertile
bombardée occupée
graines volantes
de même mort
de l’autre côté
d’une mer
une bande de sable
tant de gravats
sur tant de blancs
linceuls vite
couchés à l’étroit
cimetière
à ciel ouvert
gaza
*
tu sais paul2
si revenait
revenait un homme
revenait un homme au monde
aujourd’hui
chez sa mère marie
et son père joseph
à gaza
affamée
à l’os
sept pains
deux poissons
ne suffiraient
plus
à nourrir
l’évangile
de miracle

Encre sur papier de Mouna Ikhlassy, 24 × 16 cm
Né en 1952 à Esch-sur-Alzette, René Welter a été enseignant en lycée et à l’université. Il a publié, seul ou en collaboration avec d’autres poètes ou artistes, une quarantaine de recueils au Luxembourg, en France, en Belgique et en Allemagne. Il collabore également à de nombreuses revues et a cofondé Estuaires, à la fois revue (dont la parution a cessé) et maison d’édition (qui publie toujours, notamment des livres faits main qui mêlent poésie et œuvres picturales).
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