Les chemins de rouille (au sud de la frontière)

Galvanisés par la chaux vive qui brûle en nous
Par le souvenir d’une terre dévorée par un ciel d’acier ardent
Qui embrase les foyers et les âmes
Marrakech-Pondichéry-Busan
Je t’ai cherché partout et je n’ai trouvé qu’un souvenir oxydé
De ce trop-plein de vie, cet excès de possibilités
Il faudra repartir
Sur les chemins de la rouille
Et de la mémoire lyophilisée.

Buachaille Etive Mòr

La poésie du monde
Est une montagne intergénérationnelle
À laquelle chaque poète, heureux comme Sisyphe
Apporte sa pierre sculptée
Ce qui de prime abord semble une entreprise insensée
Mais la lente érosion des écrits du passé nécessite
Qu’on reconstruise
caillou
après
caillou
après
caillou
Le massif des mots métamorphiques.

Heure bleue

Les poètes parlent à mi-voix
Ils coupent les mots en deux et les cachent dans le creux des poumons
Leurs idéaux circulent dans le corps
Ils ont le regard doux ou ont-ils peur
Qu’on ne les comprenne pas, qu’ils dérangent le cycle naturel des astres ?
La voix des poètes est silencieuse
Elle se perd dans la nuit tel l’éclat d’une étoile filante
Qui s’efface au loin, très loin, infiniment proche.

Le Buachaille Etive Mòr en Écosse. Photo : Robert Weis

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Robert Weis

Robert Weis vit au Luxembourg. Il écrit poèmes, récits de voyage et essais dans plusieurs langues, dont le français. Son premier recueil de poésie, Rêves d’un mangeur de kakis (Michikusa Publishing, 2023) embrasse avec calme et acceptation l’idée de l’éternel changement et de l’insaisissable sous l’égide des nuances d’ombre et de lumière chères notamment à l’écrivain japonais Tanizaki. Il est membre de l’association A:LL Schrëftsteller*innen, qui regroupe les écrivains et écrivaines du grand-duché de Luxembourg.