Je viens de relire Grief Is the Thing with Feathers, le premier livre de Max Porter. Il n’est pas « récent », puisque ce recueil hybride nouvelle/prose poétique paraît chez Faber & Faber en 2015. Il refait la Une cependant dix ans après, porté à l’écran par le film du même nom avec Benedict Cumberbatch incarnant le personnage principal : l’homme (Dad) dont la femme meurt et qui voit son monde (sa vie, sa famille, ses deux enfants) projeté dans le deuil.

Tirant son inspiration de Crow de Ted Hughes, dans lequel le poète imagine la perspective d’un corbeau sur la vie et le monde, Max Porter se sert également d’un corbeau (the thing with feathers… la chose avec des plumes) pour incarner le deuil et la souffrance, la tension entre le désir de vie et le désir de mort.

« I won’t leave you until you don’t need me anymore », dit le corbeau quand il se présente au début du livre.
 
Je ne te quitterai pas tant que tu auras besoin de moi.

Bien entendu, le corbeau ne manque pas de nous rappeler aussi le poème d’Emily Dickinson :

Hope is the thing with feathers
That perches in the soul,
 
L’espoir est cette chose avec des plumes
Qui se perche dans l’âme,

Sauf que dans le recueil de Max Porter, il ne s’agit pas d’espoir, mais de « vie avec le deuil ». Une « conversation » s’engage entre les trois protagonistes du livre : les enfants, le père et le corbeau. Conversation qui ne manque pas d’humour, de poésie, de vie, de mort et d’une sorte de folie.

Some days I realise I’ve been forgetting basic things, so I run upstairs or downstairs, or wherever they are, and I say “You must know that your mum was the funniest, most excellent person. She was my best friend. She was so sarcastic and affectionate …” and then I run out of steam …
 
… “She would call me sentimental”
“You are sentimental.”
 
They offer me a space on the sofa next to them and the pain of them being so naturally kind is like appendicitis …
 
Parfois, je me rends compte que j’oublie des choses très simples, alors je monte ou je descends en courant selon où ils se trouvent, et je dis : « Vous devez savoir que votre mère était la personne la plus drôle, la plus formidable. C’était ma meilleure amie. Elle était si sarcastique et si affectueuse… » et puis je manque d’énergie…
 
… « Elle me disait que j’étais sentimental. »
« Tu es sentimental. »
 
Ils m’offrent une place sur le canapé à côté d’eux et leur gentillesse si naturelle me fait mal au cœur.

En lisant ce livre si juste, je me suis dit que l’auteur avait perdu sa femme, que c’était lui le « Dad » du recueil. En faisant quelques recherches, j’ai découvert que Max Porter avait perdu sa mère à l’âge de douze ans.

*

Le livre a paru en traduction française sous le titre La douleur porte un costume de plumes et sera réédité en avril 2026 aux éditions du Sous-Sol.

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Valérie Harkness est la fondatrice du site D’Ailleurs poésie. Pédagogue, traductrice, tisseuse de liens multiples entre les cultures, notamment britannique et française, elle a porté sa passion de la langue dans de nombreux recueils parus entre autres aux éditions Rhubarbe, Jacques André, du Petit Véhicule ou Henry.