« Il fallait ôter ses chaussures pour laisser la fraîcheur de l’eau chatouiller la plante des pieds. » À l’affût des sensations, composés sur des photographies de son mari John, décédé en 2020, les poèmes de Valérie Harkness frappent d’abord par leur concision. Une habitude de l’autrice, certes, mais aussi un art poétique pour ce recueil : les mots habillent des clichés de paysages, de vie marine qui s’attachent à un détail, à un mouvement. Comme si l’appareil de John Harkness savait exactement ce qui, dans le perpétuel bruissement du monde, vaut la peine d’être remarqué.
« Ni gêne, ni surprise », les images donnent à contempler la simplicité possible de la vie, offrant une parenthèse de lecture apaisante tout au long de la quarantaine de pages de l’ouvrage. Simplicité aussi de la cellule familiale (s’ajoute à Valérie et à John leur fille Susie) et de l’amour qui y règne : « Je m’habille de toi, / De ta peau, / De ses plis. » Des algues, Valérie dit que « Leurs mains se joignent » ; touchant « la nacre irisée » d’une coquille, elle caresse également un corps : « Je tiens ta nuque dans ma paume. / Je t’emprunte. » L’émotion se renforce à la lecture des traductions en anglais. Non seulement parce que cette langue était celle de John, mais aussi parce que la brièveté signifiante des poèmes appelle une deuxième lecture, sublimée par les infimes différences. L’autrice sait en effet user des mots les plus justes dans chaque version, rendant les poèmes fluides et veloutés ; elle offre deux faces complémentaires de la médaille de ses textes.
Sans cesse, les images littéraires répondent aux images picturales, avec toujours une douceur percutante, contemplant la danse des nuages dans le ciel, observant le va-et-vient des marées. « Nous serions mousse blanche nourrissant le ressac. »
Valérie et John Harkness, Sous la peau, la mer. The skin under the sea, Zinzinule éditions, ISBN 978-2-488277-12-9
Cousue. Stitched
Florent Toniello, né en 1972 à Lyon, est le responsable de ce site, membre du comité de D’Ailleurs poésie. Il commence une première vie dans l’informatique au sein d’une société transnationale, à Bruxelles et ailleurs. En 2012, il s’installe dans la capitale grand-ducale ; sa deuxième vie l’y fait correcteur, journaliste culturel et poète. S’ensuivent dix recueils de poésie publiés au Luxembourg, en Belgique et en France, une pièce de théâtre jouée au Théâtre ouvert Luxembourg, ainsi qu’un roman et un recueil de nouvelles de science-fiction. Pour l’instant, il n’est pas question d’une troisième vie. Son site personnel : accrocstich.es.





0 commentaires