14
je visite le musée
que tu m’as laissé
sur la porte du frigo
les nymphéas de Monet
le fifre de Manet
les danseuses de Degas
il y a ton portrait
en toge rouge et noire
au milieu des aimants
achetés en voyage
15
tu achetais des cartes
vite mises dans une boîte
et vite oubliées
16
j’ai sorti nos albums
j’aime cette vieille photo
des lampes s’allument
dans la vallée
le soleil s’attarde
sur nos visages
et nos je t’aime
les yeux les sourires
les mains sur les épaules
vont bientôt disparaître
dans l’obscurité
17
tu trouves du réconfort
dans ces photos de nous ?
je ne sais plus
qui tu étais
ni qui j’étais
qui tu étais
n’existe plus
essaies-tu encore
d’appeler qui j’étais ?
[…]
24
il y avait les cris
des corbeaux du parc
ma main endormie
posée sur la rampe
le vieux bois des marches
craquant sous mon pied
puis dans la cuisine
l'odeur du café
25
oui je me souviens
au plafond trois coups
de manche à balai
le soleil se levait
derrière les sapins
et tapant du pied
je te répondais
26
je tape le mot de passe
et soudain te voilà
ton visage souriant
est si proche du mien
je regarde longtemps
ce sourire rayonnant
que la mort n’efface pas
27
te voilà encore
devant l’ordinateur
[…]
44
comme s’il était possible
de combler la fêlure
si peu que ce soit
avec des mots
45
on parle de clôture
quel drôle de mot
ma vie est « close »
Illustration : Christian Garaud
Christian Garaud est né à Poitiers en 1937. Il est membre du comité de D’Ailleurs poésie. Après avoir enseigné le français en Irlande, en Suède et au Canada, il est devenu professeur à l’université du Massachusetts à Amherst, où il s’est tout particulièrement intéressé à Victor Segalen, Jean Paulhan, Annie Ernaux et au problème du stéréotype. Il réside maintenant à Washington. Depuis 2004, il écrit poèmes, textes et traductions dans une dizaine de revues en France et aux États-Unis. Il a publié en français entre autres aux éditions Décharge/Gros Textes, des Vanneaux, ou La Porte. Aux États-Unis, il fait aussi partie d’un groupe d’une cinquantaine de membres faisant circuler des poèmes inédits en anglais sur la toile tous les quinze jours.





0 commentaire