Célébrer la joie dans une existence de femme bien remplie, voilà ce à quoi s’attache Louise Dupré dans ce recueil, troisième volet d’un triptyque qui convoque les ressources de la poésie pour contrer la noirceur de ce qui nous entoure. « quand on ne possède plus / ni ambition ni orgueil », lorsque l’expérience qu’apportent la vie, la maternité, les relations humaines a offert le détachement, les joies (puisque la lecture de l’ouvrage les imagine souvent plurielles) sont peut-être à portée de main : « et tu écoutes / tranquille / la mélodie du monde // en laissant surgir / des images / qui ne te blessent plus ». Le « tu » qu’utilise la poétesse interpelle. À la mi-livre, un semblant d’éclaircissement vient cependant : « Tu as renoncé au paradis quand tu as renoncé à écrire je. » Plutôt qu’une simple adresse à la lectrice — le lecteur, d’ailleurs, ne se sent pas exclu ! —, ce pronom sonne comme un mélange de l’autrice, qui parle d’expérience, et de qui voudra bien la lire avec la volonté de ne pas passer à côté de la joie, avec l’intention de ne pas se laisser abattre par une société et une actualité plombantes.
Comment trouver la joie, donc ? D’abord en restant combative, « en te dressant / contre la langue létale / qu’on t’impose ». Cela pourrait paraître facile : « Tu t’es simplement levée et tu as avancé, comme s’il suffisait de mettre un pied devant l’autre pour éloigner la détresse. » Pourtant, s’« il y a des éclairs de joie qui ne coûtent rien », il faudrait « apprendre à résoudre l’énigme des insectes »… « Donner un sens à la joie, est-ce une épreuve insurmontable ? » Certes non, puisque Louise Dupré propose des pistes, des recettes. Malicieuses parfois, comme celle qui suggère de devenir « une fille / de joies / raisonnables ». La raison, la modération semblent spécialement importantes à ses yeux, pour se « protéger de l’exubérance qui attire les regards ». Mais même à bas bruit, avec discrétion, la joie est là, provoquée par deux événements auxquels le recueil s’attache tout particulièrement : la maternité (« L’amour pour un enfant, c’est à la vie à la mort ») et la vieillesse. La poétesse laboure ces étapes de la vie, en tire des satisfactions tant personnelles qu’altruistes : « Tu auras la générosité de creuser ta tombe. »
Dans un monde de « loups déguisés en mères-grand », savoir attraper au vol chaque instant de joie revêt un aspect salutaire. Les exercices de Louise Dupré nous rappellent que céder à la morosité est, parfois, un choix que la poésie peut renverser. Point n’est besoin non plus de sentiments tonitruants ni d’expansivité ostentatoire pour recevoir la gaieté. « Tu as maintenant la patience d’attendre, tu sais que la joie viendra à toi si tu ne la brusques pas. Te voici prête à l’accueillir sans la contrarier. »
Louise Dupré, Exercices de joie, en coédition aux éditions du Noroît, ISBN 978-2-89766-370-4, et aux éditions Bruno Doucey, ISBN 978-2-36229-432-7
Trois poèmes
Florent Toniello, né en 1972 à Lyon, est le responsable de ce site, membre du comité de D’Ailleurs poésie. Il commence une première vie dans l’informatique au sein d’une société transnationale, à Bruxelles et ailleurs. En 2012, il s’installe dans la capitale grand-ducale ; sa deuxième vie l’y fait correcteur, journaliste culturel et poète. S’ensuivent dix recueils de poésie publiés au Luxembourg, en Belgique et en France, une pièce de théâtre jouée au Théâtre ouvert Luxembourg, ainsi qu’un roman et un recueil de nouvelles de science-fiction. Pour l’instant, il n’est pas question d’une troisième vie. Son blog : accrocstich.es.





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