I.

la faim spirituelle
la famine la soif immatérielle
le vide intérieur le grand
facile à remplir cette quête
avec un royaume saintétique intouchable
avec une puissance invisible asexuée
avec quelque chose de doré
quelque chose d’angélique
un confort étoilé
c’en dit oui ça en dit
l’être humain seul
en a besoin
qui ne sait pas
que
que vivre
une créature anxieuse
peureuse de l’au-delà
qui ne sait pas
le temps venu
que
que mourir

II.

Il dit
   j’existe
   crois moi
Il dit
   j’existe
   tu n’as qu’à me croire
Il dit
   tu me croiras le jour venu
   patiente un peu
Il dit
   regarde
   même moi
   je crois en moi
   grâce à toi
   grâce
Il dit
   sinon ça va pas
   ça va pas
   je te torturerai sinon
   je te brûlerai sinon
   je te pulvériserai sinon
   je t’anéantirai
Il dit
   maintenant
   tu me connais
   Dieu merci
Il dit
   sais-tu au moins
   qu’est-ce qu’il représente
   le « sinon »
Il dit
   qui mourra
   verra
Il dit
   qui saura ou non
   vivra
   dans l’au-delà

III.

Il est poli au tout début
c’est une simple invitation
tu adhères ou non
c’est à toi de décider
Il change de ton plus tard
croire en moi
c’est ton intérêt dit-il
c’est gagnant gagnant
sais-tu-sais
plein de surprises
plein de cadeaux
croire en moi
c’est mon intérêt dit-il
c’est gagnant gagnant
sais-je-sais
tant de fois
tant de bras et de pieds
tant de têtes tant de langues et d’oreilles
de sang d’armes tant
tant de rêves tant de cauchemars
d’espoirs et désespoirs
tant d’yeux tant de dents
tant de dieux
dieu pour dieu
   oups non non non
   chez moi le « moi »
   n’aime pas les « moi »
   enfin mes moutons
   revenons à nos agneaux
plein de plein
pour toi pour lui pour elle
pour vous pour eux
autant pour moi
dans tous les sens
dans tous

à propos
que penses-tu de Pavlov

son ton continue
à changer
devient désagréable
son ton durcit menace
son ton érectile
il s’énerve son ton
son ton impatient
furieux vengeur
son ton crie hurle
son ton glaçant son ton
blessant son ton
saignant son ton
martyrisant parfois à volonté
son ton

derrière sa tête surgit un halo
un paradis d’enfer
sous la pluie des chants
péniblement paisibles
paisiblement pénibles
un enfer paradisiaque
dansent les démons
déguisés en anges
les anges en démons

IV.

l’être humain
si cruel
crée la distinction
c’est son absolue fierté
dans son absurdité
aux mille et une médailles
ce que le distingue des autres
sa capacité absconse de croire
c’est le début de la servitude
de l’esclavage
sans doute
réduire l’autre en bête
en bonne
en bien
en chose
chosifier ceux qui n’ont pas de croyance
ceux qui n’ont pas de sa croyance
rendre en poussière

bon dieu
que Dieu me pardonne
que je me

V.

sois heureux toi
ô mon pauvre sujet
ô mon pauvre fidèle
ô mon pauvre pieux

ne tourne pas ta page
avant d’avoir été invité
à le faire

VI.

sois le bienvenu
à ma pantalonnade

VII.

ainsi soit-il

Photo : Reha Yünlüel, Strasbourg, 2022

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Reha Yünlüel

Né en 1967, poète, photographe, vidéaste franco-turc. Éditeur de la revue d’art et de langue bachibouzouck.com depuis 2005. PhD en droit public avec « La liberté d’expression artistique » (İstanbul, 2023). Membre du PEN Club, POP (Poets of the Planet) et de l’Unifrance. Recueils : Oiseau tombant de la cathédrale (Istanbul, 2000, éd. Virtuel) ; Rehaïkus (Nantes, 2022, éd. du Petit Véhicule) ; Poèmes pour quoi (2024, éd. Henry/La Rumeur libre). Auteur de l’Anthologie audiovisuelle des poètes vivants.