Que pouvons-nous faire avec nos bibelots, nos trophées dérisoires, nos mains tremblantes contre l’énormité des désastres ? Du Désastre ?

Il faut dire qu’Oz ne nous parle pas ici du désastre existentiel et naturel des choses et de la vie, mais plutôt de celle orchestrée à force de propagande, de systèmes et de points par les « êtres humains » qui nous gouvernent : « mais il y a des points négatifs pour être mort ».

Ce texte qui, comme le précédent, est extrait du dernier recueil d’Oz Hardwick (A Census of Preconceptions), est imprégné d’une tristesse impuissante qui ne se guérit guère à l’aide d’antipsychotiques ni de stabilisateurs d’humeur, désarmant ainsi notre auteur : « le poignet tremblant ».

Que faire devant le mensonge de ceux qui détiennent le pouvoir des mots (« CNN est en boucle ») et des faits (« les points s’accumulent ») ?

Comprendre, faire du sens, mettre un mot derrière l’autre, ou devant. On ne peut cependant qu’être touché par la fluidité du style d’Oz Hardwick, qui, malgré les fractures qui le peinent, cherche à harmoniser, à cimenter, en nous rappelant l’essentiel : « Contre la fonte des calottes glaciaires, j’ai un brevet de natation sur 12 mètres et un livre sur les œufs d’oiseaux communs auquel il manque la jaquette. »

C’est cela que j’aime chez ce doux poète « réaliste ».

Actualité brûlante
 
CNN est en boucle et vous me posez à nouveau des questions sur l’émigration et le système complexe de points et de valeur individuelle. Il y a des points positifs pour les qualifications et l’expertise pour chaque année d’expérience vérifiable ; mais il y a des points négatifs si l’on est mort. Naturellement, il y a des algorithmes impénétrables, mais les voies de communication sont ouvertes 24 heures sur 24 et l’ont peut obtenir des clarifications via sa messagerie. Contre l’effondrement économique et le venin dans mes veines, j’ai stocké des antipsychotiques et des stabilisateurs d’humeur. Contre les débris perdus d’un petit avion, j’ai une tasse commémorative et un trophée en plexiglas pour avoir simplement fait mon travail. Contre la fonte des calottes glaciaires, j’ai un brevet de natation sur 12 mètres et un livre sur les œufs d’oiseaux communs auquel il manque la jaquette. Le bulletin météo annonce un dégel, mais vous êtes fantaisiste et vous construisez des assemblages précaires avec les mauvaises nouvelles qui vous intéressent, tandis que je suis un réaliste qui renvoie des rapports du front s’étirant de ma tête à mon poignet tremblant. Les points s’entassent comme des gratte-ciel de l’autre côté du monde, mais ce sont de fausses nouvelles et en bas de l’écran, la vraie histoire brûle d’actualité.
 
Breaking News
 
CNN is on repeat, and you are asking me again about emigration and the complex point system of individual worth. There are plus point for qualifications and expertise, for each year of verifiable experience; but there are minus points for being dead. Naturally, there are inscrutable algorithms involved, but channels of communication are open all hours, and clarification is available by instant messenger. Against economic collapse and venom in my veins, I have stockpiled antipsychotics and mood stabilisers. Against the debris from a lost light aircraft, I have a commemorative mug and a Perspex trophy for just doing my job. Against melting ice caps, I have a 12-yard swimming certificate and a book of common birds’ eggs with the dust jacket missing. The weather report predicts a thaw, but you are a fantasist, constructing insubstantial assemblages from the bad news that takes your fancy, while I am a realist, sending back reports from the frontline that stretches from my head to my shaking wrist. Points stack up like skyscrapers on the other side of the world, but it’s fake news and, at the bottom of the screen, the true story’s already breaking.

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Valérie Harkness

Valérie Harkness est la fondatrice du site D’Ailleurs poésie. Pédagogue, traductrice, tisseuse de liens multiples entre les cultures, notamment britannique et française, elle a porté sa passion de la langue dans de nombreux recueils parus entre autres aux éditions Rhubarbe, Jacques André, du Petit Véhicule ou Henry.